• Justine Blasco

Bling (ex Sherwood) : un nouveau Robin des Bois français

Le Robin des Bois des FinTech sera t-il assez fort pour résister aux assauts des shérifs du prepaid (Toodey, Rosaly, Wagestream, etc) ?

Lorsque l’on entend Sherwood, on pense à la légende de Robin des Bois, qui vola aux riches pour donner aux pauvres. Un état d’esprit qui semble proche de celui de la FinTech Bling, anciennement Sherwood.


Une avance sur revenu en toute discrétion

Cette jeune startup, fondée en juin 2019, dont les services sont disponibles via une application, permet de disposer instantanément d’une avance d’argent. Un service innovant, simple, sans paperasse à remplir, sans taux ou frais cachés. Le remboursement s’effectue de lui-même, le mois suivant la demande, par un prélèvement automatique sur votre revenu ou tout autre entrée d’argent. Il existe également une possibilité de décaler d’un mois le remboursement.


Pour effectuer une demande, il suffit de justifier d’un revenu régulier (salaire, bourse étudiante, pension, prestation sociale, etc) ainsi que d’une situation financière globalement saine. Le montant possible de l’avance, qui est plafonné à 100 euros, dépend des revenus mais aussi des habitudes de consommation. Ce montant est calculé automatiquement par l’application Bling. La demande effectuée est acceptée après que le système ait vérifié que l’utilisateur de Bling dispose d’une gestion responsable de ses finances. Les fonds sont disponibles dans un délai de 5 à 7 jours, pour un besoin urgent. Une option pour recevoir les fonds plus rapidement est néanmoins possible moyennant un paiement de 5 euros. Grâce à ces avances d’argent, les utilisateurs de Bling n’ont plus besoin de reporter leurs dépenses pour éviter les découverts bancaires.


Robin des Bois VS les agios des banques

L’argent est un sujet tabou en France, si bien que pour certaines personnes, il peut parfois être difficile d’évoquer avec leurs familles, amis ou ressources humaines, les difficultés financières auxquelles elles sont confrontées. Nous pouvons facilement nous sentir honteux face à nos difficultés financières, un sentiment renforcé par les actions punitives mises en place par les banques dans le cas de découverts, sanctionnés par des agios et pouvant atteindre des sommes importantes. En effet, comme nous le rappelle Bling, un quart des bénéfices des banques proviennent des frais de découvert, une manière pour les banques de tirer profit des difficultés des ménages tout en rendant le comblement de ce déficit plus difficile encore.


Or, toutes ces mesures punitives ne permettent pas d’apprendre à mieux gérer ses dépenses. Face à ce constat, Bling préfère au contraire chercher à aider ses utilisateurs à atteindre une bonne santé financière, à apprendre à gérer un budget de manière responsable. Pour ce faire, l’utilisateur reçoit régulièrement des notifications lui permettant de suivre l’évolution de ses comptes bancaires, de le prévenir avant qu’un découvert n’apparaisse. Il peut directement sur l’application vérifier ses sources de dépenses principales, en fonction de leur nature (logement, alimentation, shopping, etc). Ces prédictions et ces alertes ont pour but de mieux aider à gérer son argent, sans complexion.

Apprendre à gérer son budget est un élément essentiel, sans quoi les utilisateurs du service d’avance d’argent pourraient être confrontés à un effet pervers qui est celui de la dépendance vis-à-vis des telles solutions. L’effet pervers serait donc de se reposer sur des avances d’argent plutôt que chercher à améliorer sa situation financière.


Un Robin des Bois, mais avant tout une entreprise


Le service d’avance de Bling, gratuit pour l’instant (exception faite de l’option de versement rapide évoqué plus haut dans cet article), devrait devenir payant en 2021. Il s’agirait d’un abonnement de 4.99 euros par mois pour utiliser le service au moins une fois par mois. L’argent disponible pour les avances ne vient, pour le moment nullement des consommateurs de ce service. Les entreprises peuvent se poser en partenaires pour proposer ce service à leurs employés, les encourageant ainsi à adopter une gestion responsable de leurs finances. Sans que la sphère privée des employés n’intervienne dans la sphère de l’entreprise. L’application de Bling n’est pas incorporée aux logiciels RH des entreprises, et n’a donc aucun impact sur la trésorerie de ces dernières. Les demandes d’avances d’argent ne sont pas accordées par les entreprises mais par Bling, les fonds étant puisés sur sa propre réserve. De plus, l’utilisation de ces services est la discrétion des employés, permettant ainsi la confidentialité nécessaire pour les protéger de la crainte des jugements.


Un vent de concurrence souffle sur Bling


La FinTech Bling plutôt que de proposer une véritable innovation, ne proposerait-elle pas un service déjà existant ? Les FinTech britanniques Hastee et Wagestream, fondées respectivement en 2017 et 2018, proposent les mêmes services d’avance, d’apprentissage et de suivi des dépenses en temps réel. Wagestream a récemment levé en juillet 2020 près de 25 millions de dollars. Avec un montant total de 65 millions de dollars de levées de fonds, Wagestream consolide ainsi sa position de leader sur ce marché et en profite aussi pour se lancer dans la même période aux Etats-Unis, en Espagne, aux Pays-Bas et… en France ! Concurrence bleu-blanc-rouge, du côté des FinTech Salto, Toodey et Rosaly, fondées en 2020 pour les deux premières et en 2019 pour la dernière, dont le développement semble en être au même niveau que Bling. Ces dernières offrant une solution d’avance sur salaire couplée à une volonté de favoriser l’apprentissage de la gestion financière. Face à tant de concurrents, l’ex Sherwood se distingue surtout par un graphisme « Bling », une conception "cool" de l’argent et enfin par son avance sur revenu, que celui-ci soit un salaire, une pension, une bourse ou autre, tant que l'entrée d'argent est régulière. Cette distinction permet une avance en toute discrétion, anonyme, qui n’est pas couplé avec les systèmes RH des entreprises. L’argent avancé n’est pas puisé dans la trésorerie des entreprises, mais en contrepartie donne lieu à un remboursement sous forme de prélèvement automatique. Une mince différence, qui semble bien insuffisante pour protéger de la concurrence.

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